Comment elle a créé sa marque de cosmétique et tenu face à une trésorerie tendue.

Bienvenue dans « Un métier qui fait vivre », le podcast des entrepreneurs du quotidien qui veulent vivre de leur activité sans subir leurs chiffres.

Je suis Nathanaëlle, ancienne banquière et accompagnante en stratégie financière et bancaire. Depuis plus de 15 ans, j’aide des artisans, des commerçants, des indépendants et professions libérales à comprendre leurs chiffres, à maîtriser et à sécuriser leur trésorerie et à se construire une activité qui les fait vraiment vivre.

Ici, on ne parle pas de levée de fonds à plusieurs millions ni de théorie hors-sol. On parle de vraies vies : des fins de mois où la trésorerie est tendue, des prix qu’on ne sait plus comment fixer, du manque de visibilité, des rendez-vous avec la banque qu’on appréhende, et de cette question qui revient sans cesse : est-ce que mon métier va vraiment me faire vivre ?

Nathanaëlle Oustrain

Consultante business

Créer sa marque de cosmétique : le parcours de Lizeth Barrera (Comblée) | OnCourtiz
Podcast • Un métier qui fait vivre

Créer sa marque de cosmétique : le parcours de Lizeth Barrera, fondatrice de Comblée

De la Colombie à Rennes, Lizeth a créé Comblée, une marque de cosmétique naturelle. Financement, prêt d'honneur, trésorerie tendue, résilience : la réalité d'un lancement, avec l'accompagnement de Nathanaëlle Oustrain.

🎧 Écoutez l'épisode complet : comment Lizeth a créé sa marque de cosmétique, financé sa R&D, traversé une trésorerie tendue et relancé Comblée.

Comment naît l'idée de créer sa marque de cosmétique ?

Le cas de Lizeth : une vocation portée de la Colombie jusqu'à Rennes

Ingénieure chimiste formée en Colombie, Lizeth savait depuis très jeune ce qu'elle voulait faire : créer une marque de cosmétique. Elle vient se former en France en 2018, découvre l'entrepreneuriat lors d'un stage, puis l'incubateur étudiant Pépite. Comblée passe alors d'une idée à un vrai projet, aligné sur ses valeurs : une cosmétique naturelle qui prend soin de la peau et de la planète, portée par la biodiversité colombienne et une fabrication en Bretagne.

« Comblée, c'est plus qu'un mot, c'est un sentiment. On se sent comblé quand on réalise quelque chose. C'était moi, en vrai, comblée, en créant ma marque. »

Ce que dit Nathanaëlle : une marque alignée sur sa vocation

Ce qui rend un projet solide, c'est son alignement. Lizeth n'a pas choisi un marché au hasard : elle a construit Comblée autour de ce qui l'anime depuis toujours, ses racines et ses convictions. Cette cohérence entre l'identité de la fondatrice et la marque est précisément ce qui donne de la crédibilité et de la force à un projet entrepreneurial.

Comment financer la création d'une marque de cosmétique ?

Le cas de Lizeth : apport personnel, prêt d'honneur et prêt bancaire

Lizeth a financé Comblée avec ses économies, un prêt d'honneur obtenu via la plateforme Initiative, puis un prêt bancaire. Financer de la R&D et de la production n'a rien d'évident : les banques ont regardé le projet comme de l'innovation, c'est-à-dire un produit qui n'existe pas encore. Ses diplômes d'ingénieure et sa maîtrise de la formulation ont apporté la crédibilité qui a débloqué le financement, avec un différé d'un an calé sur le temps de développement.

« Les banques considéraient que c'était un peu comme de l'innovation. Financer de l'innovation, c'est financer un produit qui n'existe pas encore. »

Ce que dit Nathanaëlle : financer l'innovation, c'est prouver sa crédibilité

Un projet qui finance à la fois sa recherche et sa production est difficile à défendre en banque. Le prêt d'honneur aide à constituer l'apport et à crédibiliser le dossier. Et face à un produit qui n'existe pas encore, ce qui rassure le financeur, c'est la compétence du porteur : ici, une formation d'ingénieure et un vrai savoir-faire de formulation. C'est cette expertise qui a transformé une idée en dossier finançable.

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Que faire quand le lancement prend du retard et que la trésorerie se tend ?

Le cas de Lizeth : six mois de retard, des échéances et zéro chiffre d'affaires

La R&D, prévue sur un an, a pris un an et demi : la réglementation cosmétique européenne impose de nombreux tests, et les délais se sont allongés. Résultat, pendant six mois, les échéances du prêt tombaient sans aucun chiffre d'affaires en face. Une partie du prêt destinée à la communication a servi à rembourser ces premières mensualités, réduisant d'autant le budget marketing au moment du lancement, en décembre 2024.

« Pendant six mois, les échéances commençaient à sortir et il n'y avait pas de chiffre d'affaires. Une partie du prêt a dû financer ces premières mensualités. »

Ce que dit Nathanaëlle : la résilience se prépare avec la trésorerie

Au démarrage, on idéalise souvent le calendrier. Les délais dérapent, mais les échéances, elles, tombent à date. C'est là que se joue la résilience : anticiper des retards de développement, garder une réserve de trésorerie pour absorber les mois sans chiffre d'affaires, et ne pas caler tout son budget de communication sur un lancement à l'heure. La trésorerie n'est pas un détail, c'est ce qui permet de tenir.

Comment se faire connaître avec un petit budget marketing ?

Le cas de Lizeth : le storytelling et l'opération sauvetage

Sans les 3 000 euros par mois qu'on lui conseillait pour la publicité, Lizeth a misé sur son histoire. Elle a lancé une campagne « opération sauvetage Comblée » sur Ulule, s'est filmée, a parlé de son parcours et de ses difficultés, un choix rare quand tout le monde n'affiche que ses victoires. De nouvelles personnes ont commandé chaque jour, et beaucoup sont devenues des clientes fidèles.

« J'ai pris la décision de parler des difficultés. Comblée, c'est moi, c'est mon histoire. Les gens ont accroché à mon univers et ont testé les produits. »

Ce que dit Nathanaëlle : l'authenticité est un actif

Quand le budget publicitaire manque, l'histoire du fondateur devient le meilleur levier. Les clients cherchent aujourd'hui de l'authenticité et des valeurs. Oser parler de soi, de son parcours et même de ses difficultés crée un lien qu'aucune publicité n'achète. Cette communauté est plus lente à construire, mais elle est aussi plus fidèle.

Comment fidéliser en cosmétique et bâtir sa distribution ?

Le cas de Lizeth : un taux de rachat élevé et une distribution B2B

En cosmétique, le plus dur est de faire revenir le client. Comblée affiche un taux de rachat autour de 27 %, là où l'univers tourne plutôt autour de 15 %. Côté distribution, Lizeth vend en direct sur son site (commande expédiée en 24 heures, mot manuscrit glissé dans le colis) et via 7 à 8 concept stores et instituts, appuyée par des agents commerciaux en région.

« J'ai un taux de rachat autour de 27 %, quand la cosmétique tourne plutôt autour de 15 %. Le produit est excellent, la satisfaction est là. »

Ce que dit Nathanaëlle : un client fidèle vaut de l'or

Fidéliser coûte moins cher que conquérir, et un taux de rachat élevé est un signal fort de valeur produit. La difficulté de Lizeth n'est pas la qualité ni la fidélité : c'est la visibilité, trouver de nouveaux clients à convertir. Combiner vente directe et distribution B2B multiplie les points de contact et fait connaître la marque sur le territoire.

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Que faire quand la banque ne suit pas et qu'il faut un boost de trésorerie ?

Le cas de Lizeth : tribunal de commerce et ouverture à un investisseur

Malgré un chiffre d'affaires multiplié par dix entre le début et la fin 2025, ce n'était pas assez pour les échéances. La banque tardait à suspendre les prélèvements. Lizeth a échangé avec le président du tribunal de commerce, qui l'a accompagnée pour obtenir cette suspension et redonner de l'air à sa trésorerie. Aujourd'hui, elle s'ouvre à un investisseur qui partage ses valeurs pour financer le développement.

« Entre le début et la fin 2025, mon chiffre d'affaires a fait fois dix. C'était énorme, mais pas encore suffisant pour faire face aux échéances. »

Ce que dit Nathanaëlle : la trésorerie d'abord, puis le développement

Lancer une marque dans un univers hyper concurrentiel prend du temps, et la pression financière rend ce temps difficile à financer. Des dispositifs existent pour redonner de l'air : rééchelonner, mobiliser le tribunal de commerce, chercher un investisseur pour un boost de trésorerie. L'essentiel est de préserver la dynamique commerciale : tant qu'il y a des clients et des ventes, il y a un marché à financer.

À retenir de ce parcours

Les enseignements de Lizeth

Créer sa marque de cosmétique commence par l'alignement. Comblée est née des valeurs et des racines de sa fondatrice, pas d'une opportunité de marché.

Financer l'innovation demande de la crédibilité. Prêt d'honneur, prêt bancaire, apport personnel : le dossier tient parce que l'expertise est réelle.

Les délais dérapent, pas les échéances. La trésorerie doit absorber les mois sans chiffre d'affaires.

Sans budget publicitaire, l'histoire du fondateur devient le moteur. Authenticité et communauté fidèle valent mieux qu'une pub qu'on ne peut pas se payer.

Un taux de rachat élevé prouve la valeur ; la visibilité reste le vrai combat. Direct et B2B se complètent.

« Pour tenir, il faut un amour fou pour son projet. Il y aura toujours des difficultés, mais si on aime ce qu'on fait, on peut aller très loin. »

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